Миша Крупин

ERA est un projet musical français créé au milieu des années 1990 par le compositeur, producteur et guitariste Eric Lévi. Sa musique associe chants choraux, arrangements symphoniques, guitare rock, rythmes électroniques, new age ainsi que des éléments de musique classique et médiévale, tandis qu’une grande partie des parties vocales est interprétée dans une langue inventée spécialement pour rappeler le latin. Le projet a connu sa percée internationale grâce à Ameno, puis sont apparus Divano, Enae Volare, The Mass, Misere Mani, Looking for Something, Reborn, Kilimandjaro, Prayers, 7 Seconds, Agnus Deorem et d’autres œuvres.
ERA ne peut pas être considéré comme un groupe traditionnel doté d’une formation permanente. Il s’agit avant tout de l’univers artistique d’Eric Lévi, qui compose la musique, réalise les arrangements et définit la conception artistique, tout en faisant appel à des chanteurs, des chœurs et des instrumentistes pour des enregistrements précis. Le premier album a par exemple réuni le chanteur et chef de chœur britannique Guy Protheroe, la chanteuse Harriet Jay, l’English Chamber Choir ainsi que plusieurs musiciens de studio reconnus. Au fil des décennies, les interprètes ont changé, tandis que Lévi est toujours resté la figure centrale.
Ce modèle inhabituel a permis à ERA d’exister simultanément comme projet de studio, mythologie musicale et univers presque cinématographique. Pendant longtemps, Lévi n’a pratiquement pas cherché à devenir le visage public de son propre succès : jusqu’à la fin des années 2010, le projet donnait très peu de concerts traditionnels et conservait autour de son créateur un degré important d’anonymat. Pourtant, en 2026, ERA avait vendu environ 15 millions d’albums, tandis que sa musique totalisait des milliards d’écoutes et de vues.
Eric Lévi avant ERA : du hard rock à la musique de film
Eric Lévi est né à Paris en 1955 sous le nom de Éric Jacques Levisalles. Son histoire musicale a commencé très loin des chœurs et du pseudo-latin. Au milieu des années 1970, il devient l’un des fondateurs du groupe français de hard rock Shakin' Street, au sein duquel il joue de la guitare et compose. Universal Music décrit le jeune Lévi comme un musicien passionné par le rock, le punk et le metal ; il citera plus tard Deep Purple et Led Zeppelin parmi ses influences importantes.
Shakin' Street parvient à dépasser largement la scène des clubs français. Le groupe obtient un contrat aux États-Unis et se produit sur des scènes américaines aux côtés de grands noms du rock ; les biographies de Lévi mentionnent notamment des concerts liés à Black Sabbath, Blue Öyster Cult, AC/DC, Alice Cooper et d’autres artistes. Dans une interview accordée en 2026, Lévi lui-même évoquait cette période hard rock comme l’une des écoles les plus importantes de sa formation musicale.
Après la séparation de Shakin' Street, il vit quelque temps à New York, puis se consacre de plus en plus à la composition et au travail en studio. Au début des années 1990, Lévi entre dans le monde du cinéma et compose la musique de plusieurs films français.
Le tournant décisif vient avec Les Visiteurs de Jean-Marie Poiré, sorti en 1993. Le film avec Jean Reno et Christian Clavier devient un immense succès au box-office français, tandis que sa musique permet à Lévi d’expérimenter la rencontre entre sonorités orchestrales et chorales et moyens de production modernes.
C’est précisément ici que l’on trouve les ancêtres directs d’ERA.
Les Visiteurs et la naissance du futur son d’ERA
Lorsqu’il travaille sur Les Visiteurs, Eric Lévi collabore avec le musicien, chanteur et arrangeur choral britannique Guy Protheroe. La bande originale contient déjà une musique très proche de l’esthétique future d’ERA, notamment Enae Volare. Cette composition sera ensuite intégrée au premier album du projet.
Le thème médiéval du film se révèle particulièrement adapté à l’imagination musicale de Lévi.
Mais ce qui l’intéresse n’est pas de reconstruire une authentique musique du Moyen Âge. Il veut créer une fantaisie moderne sur l’Antiquité — une musique pouvant être perçue à la fois comme un chant religieux, une bande originale, une composition rock et une production électronique.
C’est ainsi que naît l’idée fondamentale d’ERA.
Après le succès du film, Lévi commence à développer ce langage musical indépendamment de toute œuvre cinématographique particulière. Universal Music relie la naissance d’ERA à son expérience sur Les Visiteurs et à l’essor européen du new age au début des années 1990, période durant laquelle des projets comme Enigma et Deep Forest connaissent une immense popularité.
ERA développe toutefois assez rapidement son propre système.
Ce n’est pas de la musique grégorienne
ERA est souvent présenté comme un projet utilisant des « chœurs grégoriens ». L’expression est pratique, mais musicalement elle n’est pas tout à fait exacte.
Lévi utilise effectivement des chœurs masculins et mixtes, de longues voyelles, des phrases chantées à l’unisson et des harmonies à caractère religieux qui rappellent la tradition liturgique européenne. Mais les compositions d’ERA ne sont pas de véritables chants grégoriens médiévaux.
Leur base est une musique de studio moderne : synthétiseurs, sections rythmiques électroniques, basse, guitares électriques, parties orchestrales et superpositions de voix.
Lévi explique simplement son approche : pour lui, la voix est un instrument musical à part entière. Il ne cherche pas toujours à raconter une histoire par les mots ; le son des syllabes, leur couleur émotionnelle et leur capacité à se fondre dans la mélodie lui importent davantage.
C’est pour cette raison que l’une des inventions les plus importantes d’ERA a été sa propre langue.
Dans quelle langue sont chantés Ameno et les autres morceaux d’ERA ?
Le texte de Ameno est souvent pris pour du latin.
En réalité, une grande partie du répertoire classique d’ERA est interprétée dans une langue inventée, spécialement construite pour ressembler au latin et à d’autres langues européennes anciennes, sans posséder de traduction littérale précise. Lévi et Guy Protheroe ont utilisé des associations de syllabes donnant une impression « ancienne » comme partie intégrante de la composition musicale.
Les nombreuses « traductions » d’Ameno diffusées sur Internet, où chaque phrase reçoit un sens religieux ou mystique complexe, ne constituent donc pas de véritables traductions du texte original.
Une phrase comme « Dori me, interimo adapare » fonctionne avant tout sur le plan phonétique.
Tout le catalogue du projet n’est cependant pas écrit dans cette langue inventée. ERA a également utilisé l’anglais, le véritable latin et l’arabe, notamment dans des œuvres plus tardives.
Ce système résout un problème important pour une musique internationale : la chanson cesse d’appartenir à un seul marché linguistique. Un Français, un Allemand, un Mexicain ou un auditeur d’Europe de l’Est peut percevoir Ameno presque de la même manière — par sa mélodie, ses chœurs et son atmosphère plutôt que par la compréhension du texte.
Ameno
Le morceau emblématique d’ERA est devenu Ameno.
Il apparaît sur le premier album du projet, enregistré en 1996 et largement distribué dans différents pays en 1996–1997. Les différences entre les éditions régionales expliquent pourquoi certains catalogues donnent des années différentes pour l’album et le single. Spotify, par exemple, date l’une des principales éditions numériques de l’album de 1997, tandis que d’autres catalogues officiels situent la première publication en 1996.
Guy Protheroe et Harriet Jay participent à l’enregistrement, tandis que les parties chorales sont interprétées par l’English Chamber Choir. Eric Lévi est compositeur, arrangeur et producteur.
Ameno repose sur un contraste très simple, mais extrêmement efficace.
D’un côté, un chœur qui semble provenir d’un ancien monastère. De l’autre, une section rythmique moderne, des synthétiseurs et une guitare rock. La mélodie reste cependant suffisamment claire pour fonctionner presque comme un refrain pop classique.
Le résultat paraît à la fois familier et très différent des hits habituels des années 1990.
C’est précisément ce qui permet au morceau de franchir les frontières entre les genres.
Le premier album ERA
Le premier album ERA devient la base de toute la mythologie ultérieure du projet.
Outre Ameno, il contient Enae Volare, Mother, Avemano, Cathar Rhythm, Mirror, Sempire d'Amor, Impera ainsi que le morceau-titre Era. Les éditions publiées dans différents pays et à différentes périodes présentent quelques différences de liste de titres et de remixes.
Musicalement, presque tout le vocabulaire fondamental du projet est déjà présent :
- des chœurs massifs ;
- du pseudo-latin ;
- des synthétiseurs ;
- des harmonies orchestrales ;
- de la guitare électrique ;
- des rythmes électroniques lents ;
- une imagerie médiévale et religieuse ;
- l’atmosphère d’un film historique imaginaire.
L’album connaît un immense succès international. RFI indiquait que, durant ses cinq premières années, le premier album s’était vendu à environ six millions d’exemplaires et avait obtenu des certifications or et platine dans 18 pays. Il rencontre un succès particulièrement important non seulement en France, mais aussi en Europe et en Amérique latine.
Pour un projet français essentiellement instrumental et choral, le résultat est exceptionnel.
L’univers visuel d’ERA
Une autre particularité du projet réside dans la quasi-absence de Lévi au sein de sa première mythologie publique.
Dans les clips, le spectateur ne voit pas le compositeur derrière un synthétiseur, mais des moines, des guerriers, des châteaux médiévaux, des épées, des cérémonies et des personnages quelque part entre histoire et heroic fantasy.
Il se crée ainsi l’impression qu’ERA n’est ni une personne ni même un groupe musical, mais un univers indépendant.
Cette approche fonctionne particulièrement bien parce qu’elle correspond parfaitement à la musique. Si Ameno avait été accompagné d’un clip de studio traditionnel montrant les musiciens, une grande partie de son mystère aurait disparu.
À la place, l’image prolonge la musique.
Plus tard, c’est précisément ce système visuel qu’il faudra transposer dans le langage d’un grand spectacle scénique.
ERA 2 et Divano
Après l’immense succès du premier album, Lévi ne se précipite pas pour publier une suite. Le deuxième album, ERA 2, sort en 2000.
Le principal single est Divano. Parmi les autres titres figurent Omen Sore, Misere Mani, Sentence, Don't U, Devore Amante, Hymne et d’autres compositions. RFI précisait que l’album avait été entièrement créé et produit par Lévi et enregistré entre Londres, Paris et d’autres lieux européens.
Le deuxième album poursuit volontairement la formule déjà trouvée.
Les chœurs dans la langue inventée se mêlent une nouvelle fois à l’électronique et aux synthétiseurs cinématographiques. Certains critiques reprochent à Lévi de répéter trop directement le premier album, mais commercialement la stratégie fonctionne : ERA 2 atteint de hautes positions dans plusieurs classements européens.
Divano devient le deuxième morceau le plus reconnaissable de la première période et prouve que le public du projet ne s’intéresse pas uniquement à Ameno.
The Mass
Le troisième album The Mass sort en 2003.
Il constitue une suite plus lourde et plus dramatique de la conception classique d’ERA. Lévi expliquera lui-même qu’il trouvait le deuxième album trop doux et souhaitait redonner davantage de densité et de tension à sa musique.
Le morceau-titre The Mass utilise une base musicale liée à O Fortuna de la cantate Carmina Burana de Carl Orff, transformant ce célèbre motif classique en composition chorale et rock moderne. À ses côtés se trouvent Looking for Something, Don't Go Away, Don't U, If You Shout, Avemano Orchestral, Sombre Day et d’autres œuvres.
C’est l’un des meilleurs exemples de la manière dont ERA travaille avec le passé.
Lévi ne cherche pas à interpréter une œuvre classique « correctement ». Ce qui l’intéresse est un geste émotionnel reconnaissable qu’il peut intégrer à son propre système — en ajoutant batterie, guitares, couches électroniques et monumentalité chorale.
The Mass se vend très bien au-delà de la France : RFI signale une première place en Italie et au Mexique, une deuxième place en Suisse et en Estonie, ainsi que de hautes positions dans de nombreux autres pays.
À ce stade, ERA s’impose définitivement comme l’un des projets musicaux français les plus exportés de sa génération.
Pourquoi la musique d’ERA ressemble à une bande originale
Eric Lévi lui-même a décrit ERA comme une sorte de musique pour un film imaginaire.
La définition est particulièrement juste.
Les chansons ne racontent souvent aucune histoire précise, mais provoquent des associations visuelles très nettes : un monastère, une immense cathédrale, une bataille ancienne, un voyage, des funérailles, un couronnement ou une cérémonie mystique.
L’expérience de compositeur de cinéma permet à Lévi de penser en grandes scènes émotionnelles.
Il n’a pas besoin de construire une chanson autour d’une narration classique « héros — conflit — résolution ». Il lui suffit de créer une sensation d’espace et de temps.
C’est pourquoi ERA touche souvent des personnes qui écoutent rarement du new age. La musique agit presque physiquement — par le chœur, la dynamique et l’ampleur.
Reborn : une nouvelle version du projet
Après The Mass, une longue pause sépare les principaux albums studio.
Reborn paraît en 2008 et constitue la rupture la plus visible avec la trilogie classique.
AllMusic souligne un renforcement des influences moyen-orientales et arabes. La base chorale reste présente, mais la production électronique devient plus moderne, le rythme plus affirmé et la géographie musicale s’étend bien au-delà d’un Moyen Âge européen imaginaire.
Parmi les principaux morceaux figurent Reborn, Prayers, Dark Voices, Sinfoni Deo, Come Into My World, Kilimandjaro, Last Song et d’autres.
L’album entre de nouveau dans le Top 10 français.
Son titre se révèle parfaitement adapté : il ne s’agit pas simplement d’un quatrième volet de l’ancienne formule, mais d’une tentative de redéfinir l’espace sonore d’ERA.
Classics : Bach, Vivaldi, Verdi et nouvelle musique
La direction suivante est celle du répertoire classique.
Sur l’album Classics, sorti à la fin des années 2000, Lévi reprend des thèmes de Vivaldi, Verdi, Bach, Haendel, Mahler, Barber et d’autres compositeurs, puis les transforme selon l’esthétique d’ERA.
Les titres révèlent directement le principe :
Vivaldi + Sunset Drive + Spring / Four Seasons,
Verdi + Arising Force + Nabucco,
Bach + Ritus Pacis,
Haendel + Dark Wonders,
Barber + Adagio for Strings.
Il est important que Lévi ne dissimule pas ses sources.
Il ne cherche pas à faire passer une mélodie classique pour sa propre composition. Au contraire, le nom du compositeur devient une partie du titre, et le rôle d’ERA consiste à montrer comment un thème connu peut exister dans un arrangement moderne mêlant guitare et chœurs.
En 2010, Classics II poursuit cette orientation.
Ainsi, l’influence de la musique classique, présente dans ERA depuis le tout premier album, devient pour la première fois le concept central d’un cycle entier.
Arielle Dombasle by ERA
En 2013, le projet prend encore une direction inhabituelle et enregistre un album collaboratif complet avec la chanteuse et actrice franco-américaine Arielle Dombasle.
Arielle Dombasle by ERA contient neuf morceaux et paraît chez Mercury Music Group.
Pour la première fois, une chanteuse précise occupe une place aussi importante, tandis que l’esthétique habituelle d’ERA se mêle à une approche vocale plus traditionnelle, à la fois chanson et classique.
Le projet comprend notamment Ave Maria, accompagné d’un clip officiel.
L’album occupe une position particulière dans le catalogue : ce n’est ni simplement un nouvel album numéroté d’ERA ni une production extérieure de Lévi. Il s’agit d’une véritable rencontre entre deux univers artistiques.
The 7th Sword
Après une nouvelle pause, The 7th Sword sort en 2017.
L’édition principale contient neuf morceaux : Hurricane, 7 Seconds, Kilimandjaro (Brian Lévi Remix), Ameno – The City Remix, I Fall for You, Something Exciting, Agnus Deorem, Nomen Adore et I Believe.
Le principal single est 7 Seconds — une nouvelle interprétation du célèbre morceau de Youssou N'Dour et Neneh Cherry. Dans la version d’ERA interviennent les chanteuses Mim Grey et Racha Rizk.
L’album est intéressant parce qu’il ne cherche pas à simuler un redémarrage complet.
Les nouvelles œuvres côtoient des relectures de l’ancien catalogue. Ameno et Kilimandjaro reçoivent de nouvelles versions, comme si Lévi commençait à considérer l’histoire même d’ERA comme un matériau pour de futures compositions.
C’est après The 7th Sword qu’un changement encore plus important se produit : le projet monte enfin réellement sur scène.
Pourquoi ERA a si longtemps très peu joué en concert
ERA a été conçu à l’origine comme une musique exclusivement de studio.
Sur disque, Lévi pouvait utiliser simultanément un immense chœur, des instruments d’orchestre, de nombreuses couches vocales, des guitares électriques et des traitements électroniques. Dans les années 1990, reproduire tout cela sur scène au niveau artistique souhaité était difficile et extrêmement coûteux.
Lévi reconnaîtra plus tard avoir longtemps abordé la question de manière presque puriste : si un concert ne pouvait pas être aussi impressionnant que l’univers imaginaire des enregistrements, mieux valait ne pas le faire du tout.
Des millions de personnes ont donc connu Ameno pendant des années sans jamais voir un véritable concert d’ERA.
Il existe néanmoins quelques projets scéniques particuliers, notamment des spectacles organisés à Moscou au début des années 2010, où des compositions d’ERA sont interprétées avec orchestre et chœur. En 2012, les organisateurs russes les présentent comme une première mondiale de l’interprétation en concert du répertoire.
Mais la véritable vie scénique européenne du projet commence bien plus tard.
The Live Experience
En 2019, Eric Lévi présente pour la première fois ERA sur une grande scène française dans un format capable de restituer l’ampleur de sa musique de studio.
Le 18 avril, le projet se produit à La Seine Musicale, près de Paris. Des dizaines d’interprètes entourent Lévi — musiciens de rock, cordes, solistes et grand chœur. Les organisateurs décrivent le spectacle comme un voyage dans l’univers médiéval et heroic fantasy d’ERA.
Le premier concert affiche complet, puis une tournée française et européenne est organisée.
Ameno, Enae Volare, The Mass, Agnus Deorem et d’autres morceaux apparaissent enfin sur scène après avoir existé pendant des décennies uniquement comme mythologie de studio.
Il est essentiel de souligner que le concert n’est pas conçu comme une prestation traditionnelle d’Eric Lévi accompagné d’un groupe.
L’objectif est différent : matérialiser le monde d’ERA lui-même.
Costumes, chœurs, lumières, références médiévales et orchestre rock construisent un spectacle musical dans lequel la personnalité du créateur reste une nouvelle fois secondaire face à l’atmosphère générale.
Après l’interruption provoquée par la pandémie, les concerts reprennent en 2022.
The Live Experience — l’album
En 2022 paraît l’album live The Live Experience, qui documente la nouvelle période scénique d’ERA.
Dans la discographie numérique, il s’agit du premier véritable album live du projet.
Ameno Metal est particulièrement révélateur : cette version de concert souligne un élément qui a toujours existé dans la musique de Lévi, mais que l’étiquette « new age » a parfois masqué — ses racines se trouvent dans le hard rock.
En concert, la guitare électrique, la batterie et le chœur puissant rapprochent ERA beaucoup plus du rock symphonique et du metal symphonique que ne le laissent imaginer certaines versions studio plus calmes.
La seconde vie d’Ameno sur Internet
À ce moment-là, Ameno a déjà connu une seconde vie totalement inattendue.
À la fin des années 2010, la chanson devient un immense mème Internet sous le nom de Dorime, d’après les premiers mots de la partie vocale.
Encore plus tôt, à partir d’environ 2014, Ameno est utilisé dans des communautés Twitch, où des extraits du morceau deviennent une plaisanterie récurrente. Vers 2019–2020 apparaissent des mèmes avec Cheems, Hatsune Miku et des images de rituels pseudo-religieux, avant que le son ne se diffuse massivement sur TikTok.
Une situation rare se produit : une génération qui n’existait pas encore ou était très jeune au moment du premier succès d’ERA redécouvre le morceau plus de vingt ans après sa sortie.
Dans certains pays, particulièrement au Nigeria, l’expression Dorime acquiert même une signification culturelle propre. Ameno commence à être diffusé dans des clubs lors de mises en scène spectaculaires accompagnant le service de boissons coûteuses, avant l’apparition de nouvelles versions africaines et amapiano.
La plus célèbre de ces réinterprétations, Ameno Amapiano de Goya Menor et Nektunez, transporte le motif vocal original d’ERA dans un contexte de club africain totalement différent.
Une seule chanson connaît ainsi au moins trois vies indépendantes : hit européen des années 1990, mème Internet et base d’un nouveau phénomène de club des années 2020.
Pourquoi Ameno a traversé les décennies
Le secret de sa longévité réside précisément dans l’absence de texte littéral.
Une chanson pop traditionnelle appartient souvent très fortement à son époque : à son argot, à son histoire, à sa mode et à sa langue.
Ameno est pratiquement dépourvue de ce type d’ancrage.
L’auditeur n’a pas besoin de comprendre le français, l’anglais ou l’italien. Même quelqu’un qui connaît le latin ne dispose d’aucun avantage particulier.
Il reste seulement la mélodie, le rythme et le sentiment de cérémonie.
C’est pourquoi le morceau peut passer si facilement d’un clip mystique des années 1990 à une arène sportive, une plaisanterie Internet ou un remix amapiano.
ERA VIII — retour à l’album studio
Le 29 mai 2026, ERA publie ERA VIII — le premier nouvel album studio numéroté depuis près d’une décennie.
Sony Music présente le disque comme un retour à l’esthétique fondamentale du projet, associant metal symphonique, voix lyriques, orchestration cinématographique et électronique moderne.
L’album contient dix morceaux :
- The Fallen King
- Everything's Gonna Be Alright
- Will You Call My Name
- Not You Again
- Not This Time
- Sempire Deo
- Will You Call My Name (Remix)
- Time for the Braves (Acoustic)
- Time for the Braves
- Freedom.
L’album dure environ 37 minutes. Il paraît sur le propre label de Lévi, ELVD, avec une distribution assurée par Sony Music Entertainment France.
The Fallen King
Le morceau d’ouverture The Fallen King montre particulièrement bien la direction prise par ERA dans sa période récente.
Les guitares sont devenues plus lourdes, la section rythmique se rapproche du metal symphonique moderne, tandis que les chœurs familiers et l’ample harmonie cinématographique restent bien présents.
Comparé à l’environnement électronique plus doux de certains anciens enregistrements, le passé hard rock de Lévi s’entend ici beaucoup plus clairement.
Ce n’est pas un ajout stylistique accidentel. Le cercle se referme plutôt : un musicien qui a commencé sa carrière au contact de la scène heavy metal des années 1970 fait de nouveau de la guitare lourde l’un des éléments centraux d’ERA cinq décennies plus tard.
Everything's Gonna Be Alright
L’un des principaux singles du nouvel album est Everything's Gonna Be Alright.
Les crédits officiels mentionnent Johann Sebastian Bach, tandis qu’Eric Lévi est indiqué comme arrangeur. La composition poursuit ainsi un ancien principe d’ERA : utiliser l’héritage classique non sous une forme académique, mais comme base d’un enregistrement moderne.
La chanson paraît en single en avril 2026, peu avant l’album complet.
ERA VIII montre précisément que le projet actuel ne cherche plus à exister uniquement dans la catégorie new age.
Rock, opéra, metal symphonique, musique électronique et héritage classique y coexistent désormais presque sur un pied d’égalité.
15 millions d’albums vendus
Au moment de la sortie d’ERA VIII, la boutique officielle de Sony Music annonçait environ 15 millions d’albums d’ERA vendus dans le monde.
Selon les mêmes données, le catalogue du projet a généré plus de 2,3 milliards d’écoutes en streaming pour la seule année 2024, tandis qu’ERA se classait deuxième parmi les artistes français les plus vendus à l’étranger sur cette période.
Ces chiffres sont particulièrement intéressants au regard de la structure du projet.
ERA n’a jamais été construit autour de la personnalité publique d’un chanteur principal. Pendant des décennies, il n’a presque pas existé d’infrastructure de tournée traditionnelle. Une grande partie des chansons est interprétée dans une langue qui n’existe pas. Et pourtant, la musique a réussi à fonctionner dans des dizaines de pays sans les mécanismes habituels d’une pop star.
C’est un exemple rare de la manière dont un concept sonore peut devenir une marque plus forte encore que la personne qui l’a créé.
The Ameno Tour
Après trois grands cycles de concerts en 2019, 2022 et 2025, ERA annonce une nouvelle programmation ambitieuse : The Ameno Tour, prévue pour 2028.
L’un des concerts centraux doit avoir lieu à l’Accor Arena de Paris le 4 mars 2028.
Pour le projet, cette étape est symbolique.
Une musique qui, pendant ses vingt premières années, était presque absente de la scène se développe désormais précisément sous la forme de grands spectacles live.
Eric Lévi comme créateur d’ERA
Malgré les nombreux chanteurs et musiciens impliqués, ERA reste l’œuvre très personnelle d’un seul compositeur.
Lévi écrit la majeure partie du matériel original, joue de la guitare et des claviers, s’occupe des arrangements et de la production, et contrôle la conception visuelle.
Mais il n’a jamais transformé le projet en carrière solo traditionnelle sous son propre nom.
La différence est essentielle.
Eric Lévi est l’homme. ERA est le monde musical qu’il a créé.
C’est pour cette raison qu’un chanteur peut complètement disparaître d’un album à l’autre, ou qu’un chœur peut être composé de personnes différentes, sans détruire l’identité du projet.
Dans un groupe traditionnel, le remplacement du chanteur principal change souvent toute la musique.
Chez ERA, la véritable « voix » est l’arrangement lui-même.
Principaux chanteurs et musiciens
De nombreux interprètes ont participé aux enregistrements au fil des années.
Guy Protheroe occupe une place particulièrement importante. Il collaborait déjà avec Lévi sur Les Visiteurs, a participé à la création du premier langage du projet et chante sur Ameno et Enae Volare.
La première période comprend également Harriet Jay, Florence Dedam, Murielle Lefebvre, l’English Chamber Choir ainsi que différents instrumentistes de studio.
Plus tard, ERA travaille avec d’autres chanteurs, notamment Racha Rizk, Mim Grey et Arielle Dombasle.
Le passage aux concerts transforme encore davantage le modèle : interpréter cette musique sur scène nécessite désormais des dizaines de personnes simultanément — chœur, solistes vocaux, cordes et véritable groupe de rock.
Il n’est donc pas tout à fait pertinent de présenter la « formation d’ERA » comme on le ferait pour un groupe traditionnel.
Le style musical d’ERA
Les catalogues classent le plus souvent ERA dans le new age, mais cette définition n’explique qu’une partie de sa musique.
Plusieurs éléments fondamentaux peuvent être distingués dans la période classique.
Musique chorale. C’est avant tout la voix humaine qui crée la sensation de sacré et d’ancienneté.
Rock. La guitare électrique rappelle constamment le passé de Lévi dans Shakin' Street et devient particulièrement visible sur The Mass, dans les versions live et sur ERA VIII.
Électronique. Les rythmes et synthétiseurs placent le chœur non dans une église, mais dans un environnement de studio contemporain.
Musique classique. Elle est présente comme source harmonique dès le premier album, avant de devenir matériau direct sur Classics et Classics II.
Musique de film. Presque chaque composition fonctionne comme une scène émotionnelle.
World music. Surtout après Reborn, des éléments moyen-orientaux et d’autres influences non européennes deviennent plus visibles dans les arrangements.
En 2026, on peut clairement ajouter à cette liste le metal symphonique. Sony emploie directement cette expression pour décrire ERA VIII.
Discographie d’ERA
ERA — 1996/1997
Premier album et principale percée commerciale.
Œuvres essentielles : Ameno, Enae Volare, Mother, Avemano, Cathar Rhythm, Impera.
Différentes éditions internationales paraissent entre 1996 et 1998 avec des listes de titres légèrement différentes. L’album se vend finalement à plusieurs millions d’exemplaires.
ERA 2 — 2000
Suite de la formule classique.
Œuvres essentielles : Divano, Misere Mani, Omen Sore, Sentence, Don't U, Devore Amante.
The Mass — 2003
Un album plus lourd et plus monumental.
Morceaux essentiels : The Mass, Looking for Something, Don't Go Away, If You Shout, Avemano Orchestral. Le titre principal utilise le matériau d’O Fortuna de Carl Orff.
Reborn — 2008
Renouvellement du son avec des influences arabes et moyen-orientales plus visibles.
Morceaux essentiels : Reborn, Prayers, Kilimandjaro, Dark Voices, Sinfoni Deo.
Classics — 2009
Réinterprétation de la musique classique dans l’esthétique d’ERA.
L’album utilise des œuvres de Vivaldi, Verdi, Bach, Haendel, Mahler, Barber et d’autres compositeurs.
Classics II — 2010
Suite du cycle consacré à la musique classique.
Arielle Dombasle by ERA — 2013
Collaboration avec Arielle Dombasle.
L’album contient neuf morceaux et associe la manière vocale traditionnelle de la chanteuse aux arrangements de Lévi.
The 7th Sword — 2017
Retour après une longue pause en studio.
Œuvres essentielles : Hurricane, 7 Seconds, I Fall for You, Agnus Deorem, Nomen Adore, I Believe, ainsi que de nouvelles versions d’Ameno et Kilimandjaro.
The Live Experience — 2022
Premier album live officiel documentant la version scénique d’ERA.
ERA VIII — 2026
Premier nouvel album studio numéroté depuis près d’une décennie.
Morceaux essentiels : The Fallen King, Everything's Gonna Be Alright, Will You Call My Name, Sempire Deo, Time for the Braves, Freedom.
Les principales compositions d’ERA
Le cœur du catalogue comprend Ameno, Divano, Enae Volare, Mother, Avemano, Misere Mani, The Mass, Looking for Something, Don't U, Reborn, Prayers, Kilimandjaro, Agnus Deorem, 7 Seconds, I Believe, The Fallen King, Everything's Gonna Be Alright et Time for the Braves.
Mais historiquement, trois œuvres sont particulièrement importantes.
Ameno a créé le phénomène ERA lui-même.
Divano a démontré que le projet pouvait survivre au-delà de son premier album.
The Mass a porté le langage musical trouvé à sa forme la plus monumentale de la période classique.
ERA, Enigma et Deep Forest
ERA est souvent rapproché de Enigma, Gregorian et Deep Forest.
La ressemblance existe réellement : tous ont utilisé les technologies de studio modernes pour associer musique électronique et voix perçues comme anciennes, ethniques ou sacrées.
ERA reste toutefois assez facile à distinguer.
Chez Enigma, le downtempo, l’ambient sensuel et les échantillons provenant de véritables traditions religieuses jouent un rôle important.
Deep Forest travaille principalement avec la world music et des sources vocales ethniques.
ERA repose beaucoup plus fortement sur la guitare rock, la dramaturgie symphonique, le pseudo-latin et l’heroic fantasy.
La forme mature d’ERA se situe donc quelque part entre new age, bande originale de film historique et rock symphonique.
Religion et mysticisme
En raison des chœurs, des croix, des vêtements de moines et de la langue ressemblant au latin, ERA est souvent perçu comme un projet religieux.
Mais son idée fondamentale n’est liée à la prédication d’aucune confession particulière.
Lévi utilise l’esthétique sacrée avant tout comme un langage émotionnel universel : le chœur crée immédiatement une impression d’espace immense, d’histoire, de rituel et de quelque chose qui dépasse l’individu.
Cela explique également la langue inventée.
Si Ameno était une prière catholique traditionnelle, elle posséderait une signification théologique précise. Sous sa forme actuelle, chaque auditeur peut remplir la musique de ses propres associations.
Cette indétermination est devenue l’une des principales sources de sa puissance.
L’importance d’ERA
ERA est apparu à un moment historique très particulier.
Dans la première moitié des années 1990, la musique européenne découvre l’immense potentiel commercial du mélange entre ancien et électronique. Le format CD permet de créer des espaces sonores de studio particulièrement amples, le new age passe du statut de niche à celui de marché de masse, tandis qu’Enigma et Deep Forest prouvent qu’une musique sans pop star traditionnelle peut se vendre à plusieurs millions d’exemplaires.
Mais Eric Lévi trouve sa propre version de cette idée.
Au lieu d’utiliser une véritable chanson ancienne, il invente une langue.
Au lieu de s’en tenir à une électronique pure, il conserve la guitare rock.
Au lieu de rechercher l’authenticité ethnographique, il crée un Moyen Âge imaginaire.
Au lieu d’un leader visible, il place le son d’ERA lui-même au centre.
Le résultat est suffisamment puissant pour que le premier album se vende à plusieurs millions d’exemplaires et qu’Ameno survive à toute une époque musicale.
Sa seconde naissance est particulièrement révélatrice.
La plupart des hits des années 1990 reviennent grâce à la nostalgie de ceux qui les ont entendus dans leur jeunesse. Ameno constitue une exception : le morceau est redécouvert par un public pour lequel 1996 ne représente même pas un souvenir personnel. Internet transforme une composition mystique sérieuse en mème, puis la culture des clubs africains lui donne une nouvelle signification, tandis que l’ERA original commence parallèlement une véritable grande vie scénique.
Au milieu des années 2020, le projet existe donc simultanément dans plusieurs dimensions culturelles.
Pour une partie du public, ERA signifie Ameno et la musique mystérieuse des années 1990.
Pour une autre, c’est The Mass et une esthétique symphonique monumentale.
Pour la génération Internet, c’est le célèbre Dorime.
Pour le public actuel des concerts, c’est un immense spectacle avec chœurs, groupe de rock et musiciens d’orchestre.
Et ERA VIII montre qu’Eric Lévi n’a aucune intention de transformer sa propre œuvre en simple rétrospective : trois décennies après ses débuts, il continue d’utiliser les éléments familiers — chœur, guitare, orchestre et atmosphère mystique — comme fondation de nouvelles musiques.
C’est précisément pourquoi ERA doit être considéré ni comme le projet d’un seul hit légendaire ni simplement comme un représentant du new age des années 1990. Il s’agit d’un projet d’auteur de longue durée créé par Eric Lévi autour de l’idée d’une musique ancienne imaginaire qui n’a jamais réellement existé, mais qui, grâce aux techniques modernes de studio, semble porter derrière elle plusieurs siècles d’histoire.










